Des idées simples pour inviter un enfant autiste à jouer

Un fait brut : la littératie physique ne figure jamais en tête des listes de priorités parentales, surtout quand l’autisme s’invite dans le quotidien. Pourtant, pour beaucoup, voir son enfant préférer l’écran à l’herbe sous les baskets devient un défi constant. Pour les familles concernées par le trouble du spectre de l’autisme (TSA), ce défi prend souvent une ampleur qui dépasse la simple frustration.

Dans l’accompagnement des familles d’enfants autistes, il n’est pas rare de voir les activités physiques reléguées loin derrière les objectifs quotidiens de communication ou de gestion du comportement. Pourtant, l’activité physique, le jeu libre, l’exploration dehors sont autant de terrains d’apprentissage et de plaisir qui méritent leur place, même si la vie semble déjà bien remplie.

Souvent, les enfants autistes rencontrent aussi des difficultés motrices, qu’elles soient globales ou plus fines. Résultat : certaines activités demandent un effort supplémentaire, voire semblent hors de portée. Des recherches récentes montrent pourtant que ces enfants sont capables de s’engager dans l’activité physique, au même titre que leurs pairs, à condition d’y avoir accès et d’être accompagnés dans la découverte.

Le spectre autistique, par définition, recouvre mille profils et autant de façons d’entrer en contact avec le jeu ou l’activité. Malgré cette diversité, quelques stratégies concrètes facilitent souvent l’accès au mouvement et à la nouveauté.

Message invité par Lauren Keating

Lauren Keating, analyste comportementale en Colombie-Britannique, consacre sa carrière à l’inclusion des enfants autistes et de ceux qui ont des besoins particuliers. Son engagement : rendre visibles et actifs ceux que l’on laisse parfois en marge. Chez elle, son fils de trois ans adore explorer la forêt voisine ou observer les matchs de frisbee où Lauren et son mari partagent leur passion du sport.

1. Apprivoiser l’inconnu, étape par étape

Vous avez choisi d’inscrire votre enfant à des leçons de natation ? Avant même le premier cours, profitez d’une sortie dans le centre communautaire pour déjeuner sur place, prendre quelques photos, et en discuter avec enthousiasme à la maison. Ces petites anticipations facilitent la transition.

Si une visite préalable n’est pas possible, explorer le site web de la piscine ou regarder ensemble des vidéos de cours de natation pour enfants peut déjà familiariser votre enfant avec l’environnement. Quand c’est envisageable, passer un moment dans la pataugeoire avec un adulte de confiance avant le vrai démarrage permet de lever de nombreux freins.

Il est aussi possible de s’amuser à porter le maillot de bain ou les lunettes chez soi, quelques semaines avant le début du cycle. Plus chaque détail de la nouveauté devient familier, plus l’enfant peut aborder l’expérience avec sérénité.

2. Miser sur les passions de l’enfant

Certains enfants autistes cultivent des centres d’intérêt précis, parfois très marqués. Plutôt que de les contourner, pourquoi ne pas les intégrer dans l’activité ? Cela ouvre le jeu, littéralement.

Voici quelques pistes concrètes pour s’appuyer sur leurs passions :

  • Si votre enfant aime les trains, transformez une balade en forêt en expédition ferroviaire, chacun prenant le rôle d’une locomotive ou d’un wagon dans la famille.
  • Une fascination pour une émission de télévision ? Organisez une chasse au trésor dans le jardin, en cachant des images de ses personnages favoris, chaque trouvaille donnant lieu à une petite mission rigolote.
  • Un intérêt pour les animaux ? Variez les postures de yoga ou les étirements en imitant ses animaux préférés. Le jeu corporel devient alors un terrain d’expression et d’amusement partagé.

3. Valoriser chaque progrès et construire sur ces bases

Réussir une première étape, aussi modeste soit-elle, mérite d’être souligné. L’objectif : multiplier les expériences positives, sans mettre la barre trop haut dès le départ. Une boucle dans le quartier aujourd’hui, une randonnée plus longue demain. Une visite à l’aire de jeux à l’aube, avant la foule, pour que l’enfant s’approprie les lieux.

Chaque moment réussi, même bref, nourrit la confiance de l’enfant et du parent. Plus on met en avant ces réussites, plus la perspective de recommencer devient accueillante. Ce cercle vertueux, basé sur l’encouragement, prépare le terrain pour les prochaines tentatives.

4. Solliciter les ressources locales et dialoguer avec les encadrants

Les centres communautaires, aujourd’hui, prennent de plus en plus à cœur l’accueil de tous les enfants, quel que soit leur profil. Si une activité vous attire, il est judicieux d’échanger avec le personnel ou les encadrants : exprimer vos besoins, partager ce qui pourrait faciliter la participation de votre enfant.

Les animateurs ne disposent pas toujours des réponses toutes faites, mais ils sont souvent prêts à adapter leur proposition, à écouter les parents ou à tester de nouvelles approches. Ce dialogue préalable est souvent le premier pas vers une expérience réellement inclusive.

5. Quand l’expérience ne se passe pas comme prévu, ajuster et tenter à nouveau

Il arrive que, malgré tous les préparatifs, la séance tant attendue tourne court. Un enfant qui se désintéresse, une situation qui déraille : la déception est légitime. Prendre un temps de recul, analyser ce qui a pu gêner, transition trop rapide, environnement bruyant, durée excessive, attentes sociales trop fortes, permet d’ajuster le tir.

Peut-être fallait-il éviter une séance d’écran juste avant le sport, choisir une plage horaire plus calme, adapter la difficulté de la sortie. L’important reste la capacité à retenter l’expérience, en modifiant un paramètre à la fois. L’apprentissage se construit dans la répétition, pas dans la recherche du sans-faute.

Chaque enfant mérite de se dépenser, d’explorer et de s’épanouir dehors. Pour les enfants autistes, l’activité physique ouvre la porte à l’autonomie sensorielle, au renforcement de la motricité, à la découverte de nouveaux environnements et à la construction de liens sociaux. Et puis, rien ne remplace la joie partagée d’un jeu en mouvement, un sourire échangé après l’effort, la certitude d’avoir franchi ensemble une nouvelle étape.