Apaiser une personne agitée : les gestes qui font la différence

Il ne suffit pas d’un mot rassurant pour calmer une tempête intérieure. Face à l’agitation d’une personne âgée atteinte de démence, l’impuissance guette, la peur s’invite. Pourtant, chaque geste compte. Chaque détail peut transformer la suite. Aujourd’hui, penchons-nous sur les racines de cette agitation, et surtout sur les moyens concrets d’y répondre lorsqu’on accompagne un proche.

Que recouvre réellement le terme « agitation » ?

Le corps médical parle souvent de « troubles du comportement » pour désigner ces réactions qui s’écartent des réponses habituelles. L’agitation chez une personne vivant avec une démence revêt de multiples visages, qui peuvent déstabiliser autant l’entourage que la personne elle-même. En voici quelques exemples typiques :

  • Des pleurs persistants, qui semblent impossibles à apaiser
  • Des cris, des insultes ou des éclats de voix dans des situations ordinaires
  • La répétition de phrases ou de mots, comme « aide-moi ! » scandés sans relâche
  • Des gestes agressifs : frapper, gifler, griffer
  • L’utilisation d’objets du quotidien, canne, déambulateur, pour menacer ou se défendre

D’où vient cette agitation ?

Lorsqu’une personne âgée affectée par la démence s’agite, c’est souvent le signe d’une souffrance ou d’une détresse qu’elle ne parvient plus à nommer ou à résoudre seule. On pourrait comparer cette situation à celle d’un nourrisson qui pleure, incapable de dire ce qui ne va pas. Mais l’histoire, ici, est bien différente, et il revient à l’entourage d’identifier la source du malaise.

Pour comprendre ce qui se joue, il faut parfois mener une véritable enquête. Plusieurs causes sont possibles, physiques, émotionnelles, psychologiques. Voici comment les repérer :

Les causes physiques les plus fréquentes sont :

  • Douleurs non exprimées
  • Faim ou sensation de soif
  • Manque de repos ou fatigue profonde
  • Constipation persistante
  • Besoin d’aller aux toilettes

Du côté émotionnel, l’agitation peut aussi traduire :

  • De la peur, parfois irrationnelle
  • Un sentiment de perte ou de deuil
  • Un trop-plein d’informations ou d’émotions, qui submerge

Enfin, les difficultés d’ordre psychologique ne doivent pas être négligées. Certains symptômes sont révélateurs :

  • Hallucinations : la personne voit ou entend ce qui n’existe pas réellement
  • Délires : elle est convaincue que des objets ont disparu, que sa famille n’est plus la sienne, ou que des étrangers lui veulent du mal

Si vous constatez des signes de délires ou d’hallucinations chez la personne âgée, il est indispensable d’en informer rapidement son médecin traitant.

Conseils pour les aidants : quatre étapes concrètes pour apaiser l’agitation

Étape 1. Repérer le contexte

Identifiez précisément les moments, les lieux ou les situations qui déclenchent l’agitation. Certains scénarios reviennent souvent :

  • Au moment du bain ou lors d’un changement de vêtements
  • Dans un environnement particulièrement bruyant
  • En fin de journée, lorsque la fatigue s’installe
  • Après un bruit soudain ou un geste brusque

Tenir un carnet ou un tableau de bord des épisodes d’agitation peut s’avérer utile : notez l’heure, ce qui s’est passé avant, ce que faisait la personne, qui était présent, et la forme exacte prise par l’agitation. Mentionnez aussi les tentatives de réconfort et leur efficacité. Cela permet de repérer plus facilement des schémas récurrents.

Étape 2. Faites appel à vos souvenirs

Votre connaissance de la personne âgée est précieuse. Réfléchissez à ses antécédents, à son caractère, à ses petites habitudes. Voici quelques pistes à explorer :

  • Des pathologies chroniques pourraient-elles expliquer l’agitation ? Par exemple, une arthrose ancienne, une mauvaise vision, des troubles digestifs ?
  • Quelles étaient ses routines ? Est-ce une couche-tard qui doit désormais se coucher tôt, ce qui la contrarie ? A-t-elle toujours préféré les petits groupes au tumulte de la foule ?
  • Qu’est-ce qui apaisait cette personne autrefois ? La musique, l’air frais, un animal de compagnie, une activité manuelle ?

Étape 3. Interrogez, même simplement

Lorsque l’agitation survient, essayez de dialoguer. Parfois, une question ouverte suffit. Sinon, n’hésitez pas à être plus concret :

  • Ressens-tu une douleur quelque part ? Si la personne ne sait pas localiser, montrez-lui différentes parties du corps pour l’aider à désigner la zone douloureuse (genoux, dos, ventre sont souvent concernés).
  • As-tu besoin d’aller aux toilettes ?
  • As-tu peur ? Et si oui, de quoi précisément ?
  • Veux-tu boire un peu d’eau ?
  • Souhaites-tu retrouver un objet qui te rassure ? (Lunettes, couverture, livre, télécommande…)

Étape 4. Croisez les indices

Pour apaiser l’agitation, la clé consiste à comprendre ce qui la provoque et à adapter l’environnement ou les habitudes en conséquence. Voici deux situations illustrant cette démarche :

Exemple 1 : Donna, autrefois ravie d’aller à l’église chaque dimanche, se mettait soudain à pleurer à chaque visite, surtout lorsque l’orgue résonnait. Sa fille a alors tenté de regarder les offices à la télévision : Donna appréciait visiblement davantage ce format. En observant, elle a compris que le bruit et la foule la submergeaient. Elle a alors emmené Donna à des offices de semaine, plus calmes, sans orgue et avec peu de monde. Résultat : Donna retrouvait le sourire lors de ces moments plus paisibles.

Exemple 2 :

Walter, lui, criait et se balançait chaque fois qu’on tentait de le baigner, surtout au moment d’entrer dans la baignoire. Son fils, en relisant les dossiers médicaux, a noté que Walter souffrait d’arthrite à la hanche. Ensemble, l’aide à domicile et lui ont supposé que la douleur de la hanche, sollicitée au moment d’enjamber la baignoire, était en cause. Un simple geste : administrer un antidouleur une heure avant le bain. Walter s’est montré beaucoup plus calme et détendu.

Vous restez en difficulté ?

Si ces démarches ne suffisent pas, n’hésitez pas à solliciter l’avis d’un professionnel. Plusieurs types de soutien existent :

  • Le médecin traitant de la personne âgée : il peut proposer des ajustements, modifier un traitement ou orienter vers des spécialistes (gériatre, psychiatre, neurologue).
  • Un coordinateur de soins gériatriques : souvent infirmier(ère) ou assistant(e) social(e), il connaît bien les spécificités de la prise en charge des aînés.
  • Des groupes de soutien entre aidants. Par exemple, l’Alzheimer’s Association anime de nombreux groupes d’entraide à travers les États-Unis.

Pour aller plus loin, découvrez les conseils de professionnels adaptés à chaque profil d’aidant. Des formations en ligne existent, accessibles quel que soit votre niveau d’expérience, notamment sur CareAcademy.

Face à l’agitation, il n’y a pas de baguette magique, mais chaque ajustement, chaque écoute attentive, peut changer le cours de la journée. Et parfois, ce sont les plus petits changements qui font la plus grande différence, pour la personne comme pour l’aidant, à ce moment précis où tout semblait vaciller.